Partie italienne
1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.Fc4
Qu'est-ce que la Partie italienne ?
La Partie italienne est une ouverture d'échecs qui commence par 1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.Fc4. Les Blancs développent le fou de roi sur sa diagonale la plus active, d'où il vise f7, la case la plus faible du camp noir, et se préparent à roquer en deux coups. C'est la plus ancienne ouverture dont on ait conservé la trace, et elle reste l'une des plus jouées à tous les niveaux, du premier tournoi d'un enfant au championnat du monde.
Le nom recouvre toute une famille. Après 3...Fc5 la partie est un Giuoco Piano, le « jeu tranquille », où les deux camps construisent lentement avec c3 et d3. Après 3...Cf6 elle devient la Défense des deux cavaliers, où les Noirs invitent le tranchant 4.Cg5 et l'Attaque Fegatello. Les Blancs peuvent aussi risquer un pion avec 4.b4, le Gambit Evans, pour une avance de développement. Ce qui unit toutes les branches, c'est la même question stratégique : les Blancs peuvent-ils transformer le fou c4 et la poussée d4 à venir en pression durable avant que les Noirs n'achèvent leur développement ?
Comment atteindre à la Partie italienne
L'Italienne naît des Parties ouvertes. Après 1.e4 e5, les Blancs jouent 2.Cf3, attaquant e5, et les Noirs défendent par 2...Cc6. Maintenant 3.Fc4 est l'Italienne ; les alternatives sont 3.Fb5, la Partie espagnole, et 3.d4, la Partie écossaise. La réponse noire au troisième coup choisit la branche : 3...Fc5 pour le Giuoco Piano, 3...Cf6 pour les Deux Cavaliers, et le plus rare 3...Fe7, la Défense hongroise, pour un schéma solide mais passif. Si les Noirs répondent à 2.Cf3 par 2...Cf6, la partie est une Défense Petrov et le fou italien n'arrive jamais.
Avantages et inconvénients de la Partie italienne
Avantages
- Un développement rapide et naturel : fou, cavalier et roque en quatre coups, chaque pièce sur une case logique.
- La pression directe sur f7 donne aux Blancs des idées d'attaque concrètes dès le quatrième coup, ce qui en fait une excellente école de tactique.
- L'Italienne lente moderne avec c3 et d3 est une arme sérieuse qui demande bien moins de mémorisation que l'Espagnole.
- Un riche choix de styles : manœuvres tranquilles, sacrifice de pion du Gambit Evans, ou lignes forcées de l'Attaque Fegatello.
Inconvénients
- Le fou c4 est une cible : la poussée ...d5 et les idées ...Ca5 peuvent l'échanger ou le repousser avec gain de temps.
- Face à un jeu précis, les Blancs n'obtiennent qu'un petit avantage ; il n'y a aucun avantage forcé à chasser.
- Les lignes des Deux Cavaliers exigent des connaissances précises, et un joueur de 4.Cg5 négligent peut tomber dans la Contre-attaque Traxler.
- Les structures de pions symétriques peuvent devenir nullardes si les Blancs jouent sans plan.
Principales variantes de la Partie italienne
Giuoco Piano, ligne principale (4.c3 Cf6 5.d3)
1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.Fc4 Fc5 4.c3 Cf6 5.d3 d6 6.O-O O-O
Le cœur moderne de l'Italienne. Les Blancs soutiennent un futur d4 par c3 mais gardent pour l'instant le centre fermé avec d3, roquent, et seulement alors s'étendent avec a4, Te1, Cbd2 et h3. Cette construction lente est celle que préfèrent les joueurs d'élite : rien n'est forcé, et pourtant la paire de fous et la poussée d4 donnent aux Blancs une pression durable. Les Noirs répondent en miroir avec ...a6, ...Fa7 et ...h6, et la lutte se joue sur le bon moment de la rupture centrale.
Giuoco Piano, centre classique (4.c3 Cf6 5.d4)
1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.Fc4 Fc5 4.c3 Cf6 5.d4 exd4 6.cxd4 Fb4+ 7.Fd2 Fxd2+ 8.Cbxd2 d5
La méthode du XIXe siècle : les Blancs s'emparent immédiatement de tout le centre. Le 6...Fb4+ des Noirs force l'échange des fous de cases noires, et 8...d5 défie le centre de front. Les positions qui en résultent sont ouvertes et égales mais pleines de jeu de pièces, et les Blancs doivent être prêts pour l'audacieux sacrifice de pion 7.Cc3 Cxe4 si la ligne avec Fd2 leur paraît trop sage.
Gambit Evans (4.b4)
1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.Fc4 Fc5 4.b4 Fxb4 5.c3 Fa5 6.d4 exd4 7.O-O
Les Blancs sacrifient le pion b pour jouer c3 et d4 avec gain de temps et ouvrir des lignes contre le roi noir avant qu'il ne puisse roquer. Kasparov l'a ressuscité contre Anand en 1995 et il reste une arme de surprise dangereuse : les Noirs doivent connaître les défenses précises, comme rendre le pion par ...d6 et ...Fb6, faute de quoi l'initiative devient décisive.
Défense des deux cavaliers, Attaque Fegatello (4.Cg5 d5 5.exd5 Cxd5)
1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.Fc4 Cf6 4.Cg5 d5 5.exd5 Cxd5 6.Cxf7 Rxf7 7.Df3+ Re6 8.Cc3
La ligne d'attaque la plus célèbre de l'Italienne. Les Blancs sacrifient un cavalier en f7 pour attirer le roi noir en e6, où il affronte toute l'armée blanche. Les modules la jugent à peu près équilibrée avec une défense parfaite, mais devant l'échiquier la tâche des Noirs est pénible. L'alternative raisonnable pour les Noirs est 5...Ca5, la Défense Polerio, qui cède un pion pour éviter le feu d'artifice.
Défense des deux cavaliers, le tranquille 4.d3
1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.Fc4 Cf6 4.d3 Fc5 5.c3 d6 6.O-O O-O
Les Blancs déclinent l'aventure et reviennent vers la structure lente de l'Italienne. C'est aujourd'hui la position des Deux Cavaliers la plus fréquente dans la pratique des maîtres : les Blancs conservent le fou, préparent Cbd2, Te1 et un futur d4, et les Noirs choisissent entre le solide schéma avec ...d6 et la poussée plus ambitieuse ...d5 après ...a6 et ...Fa7.
Défense hongroise (3...Fe7)
1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.Fc4 Fe7 4.d4 d6 5.Cc3 Cf6
Les Noirs gardent le fou modeste pour éviter tous les gambits et toutes les astuces avec Cg5. C'est solide et légèrement passif : les Blancs ont les mains libres au centre avec d4 et un confortable avantage d'espace, mais la position noire n'a aucune faiblesse et le plan ...O-O, ...Fg4 et ...exd4 est facile à jouer.
Comment jouer contre la Partie italienne
Les Noirs ont trois bonnes réponses, et le choix est affaire de goût. La plus simple est 3...Fc5 suivi de ...Cf6, ...d6, ...a6 et ...Fa7, en miroir du schéma blanc ; le fou en a7 est à l'abri de a4-a5 et continue de lorgner f2, et la poussée ...d5 égalise une fois les Noirs entièrement développés. La plus ambitieuse est 3...Cf6, les Deux Cavaliers, qui défie e4 immédiatement, mais les Noirs ont alors besoin d'une réponse préparée à 4.Cg5 : soit le Polerio 5...Ca5, soit le sauvage Traxler 4...Fc5. Contre le Gambit Evans, ne déclinez rien et rendez le pion par 5...Fa5 6.d4 d6, où la compensation des Blancs est réelle mais pas davantage. Quelle que soit la branche, les deux règles directrices sont les mêmes : luttez pour d5, et ne laissez jamais le fou c4 et un cavalier en g5 viser f7 tant que le roi est encore au centre.
Plans pour les deux camps
Le plan des Blancs
Roquez tôt, jouez c3 et d3, et traitez d4 comme une poussée à préparer plutôt qu'à précipiter. Le regroupement typique est Te1, Cbd2-f1-g3, h3 pour tenir les pièces à l'écart de g4, et a4 pour gagner de l'espace et ménager une case de repli au fou en a2. Une fois le cavalier arrivé en g3 et le centre ouvert par d4, la paire de fous et la pression sur f7 et e5 produisent généralement une attaque à l'aile roi.
Le plan des Noirs
Achevez le développement, puis poussez ...d5 au moment où le coup est correctement soutenu. Échangez le fou c4 par ...Ca5 ou ...Fe6 quand les Blancs sont lents, gardez le fou de cases noires sur la diagonale a7-g1, et utilisez ...Te8 et ...h6 pour consolider. Dans les Deux Cavaliers, contre-attaquez le centre immédiatement au lieu de défendre passivement.
Histoire de la Partie italienne
L'Italienne est la plus ancienne ouverture dont on possède des analyses. Elle figure dans le manuscrit de Göttingen vers 1490, et les maîtres italiens du XVIe siècle Polerio et Greco, dont le nom survit dans le Gambit Greco, ont bâti la première théorie des ouvertures autour de 3.Fc4. Le Gambit Evans fut inventé par le capitaine de marine gallois William Davies Evans dans les années 1820 et domina les échecs d'attaque pendant un demi-siècle, avec notamment la Toujours jeune d'Anderssen en 1852. L'Espagnole éclipsa ensuite l'Italienne pendant la majeure partie du XXe siècle, jusqu'à ce que les systèmes lents avec c3 et d3 la ramènent au plus haut niveau ; depuis les années 2010 elle est une arme principale de Carlsen, Caruana et Anand, et elle reste l'ouverture que la plupart des entraîneurs enseignent en premier.
Questions fréquentes sur la Partie italienne
La Partie italienne est-elle une bonne ouverture ?
Oui. Elle est jouée à tous les niveaux jusqu'au championnat du monde, elle développe les pièces naturellement, et elle offre aussi bien des lignes tranquilles que des lignes tranchantes. C'est l'ouverture que la plupart des entraîneurs recommandent aux débutants, parce que chaque coup a un but clair.
Quelle est la différence entre la Partie italienne et le Giuoco Piano ?
La Partie italienne est la position après 3.Fc4. Le Giuoco Piano est la branche où les Noirs répondent 3...Fc5 ; l'autre branche principale, 3...Cf6, est la Défense des deux cavaliers.
La Partie italienne est-elle agressive ?
Elle peut être l'un ou l'autre. Le Gambit Evans et l'Attaque Fegatello comptent parmi les lignes les plus tranchantes des échecs, tandis que le système moderne avec c3 et d3 est une construction lente et positionnelle. Les trois mêmes premiers coups mènent aux deux.
Comment contrer la Partie italienne avec les Noirs ?
Développez-vous par 3...Fc5 ou 3...Cf6, roquez, et préparez la poussée ...d5. Contre 4.Cg5 dans les Deux Cavaliers, connaissez la Défense Polerio 5...Ca5. Contre le Gambit Evans, rendez le pion par ...Fa5 et ...d6 plutôt que de vous y accrocher.
Quel est le code ECO de la Partie italienne ?
La famille de la Partie italienne occupe les codes ECO C50 à C59. C50 est la position de départ et le Giuoco Pianissimo, C51 et C52 couvrent le Gambit Evans, C53 et C54 les lignes principales du Giuoco Piano, et C55 à C59 la Défense des deux cavaliers.
Variantes nommées
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